Juin : mois national des Abénakis de Brome-Missisquoi

13 juin 2017
Illustration de deux Abénakis
Anonyme 17e siècle-Couple Abénaquis Source : collection musée de Pointe-à-Callières-Ville de Montréal 54.1-2009-974
 
 

La mémoire abénaquise dans la MRC Brome-Missisquoi
Art et culture

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Par Laurent Busseau 08 février 2016

 

Ceci est le premier article d’une série sur l’histoire de Brome-Missisquoi par l’historien Laurent Busseau.

Une préhistoire amérindienne dans les Cantons-de-L’Est

Un récent dicton amérindien dit «Mémoire de blanc…Blanc de mémoire». Qui se rappelle que la première occupation humaine définit en archéologie dans les Cantons de l’Est remonte à 12 000 ans avant aujourd’hui (AA)i dans l’espace montagneux de Mégantic. Pour la MRC Brome-Missisquoi , des petits groupes de chasseurs autochtones sillonnaient le territoire forestier et lacustre à la poursuite du gros gibier entre 5000 et 2000 ans (AA). Pour ces premiers nomades préhistoriques (culture iroquienne), la rivière Missisquoi représentait une voie de communication stratégique.

Une toponymie locale abénaquise : Missisquoi et Yamaska

À partir du XVIIe siècle, l’arrivée des Français par le fleuve Saint-Laurent et celle des Hollandais et des Anglais par la côte Atlantique, ont provoqué un changement dans les échanges et les conflits entre les cultures nomades algonquines, comme les Abénaquis, et la société semi-sédentaire des nations iroquoises. Saviez-vous qu’il existe deux groupes abénaquis, un se trouve sur la côte Est nord-américaine et celui des Abénaquis de l’Ouest occupait un vaste territoire depuis le Vermont au New Hampshire incluant les Cantons-de-l’Est actuels.

Ces Abénaquis de l’Ouest sont arrivés dans l’espace Brome-Missisquoi vers 1670, réunissant les Sosokis, qui contrôlaient un territoire depuis le fleuve Saint-Laurent jusqu’à la rivière Connecticut. La nation des Missisquois vivait sur le Lac Champlain à Swanton au Vermont. On estimait la population abénaquise à 10000 à 12000 âmes durant la période coloniale française. Après la Conquête, la cartographie des espaces garde une toponymie régionale avec les premiers noms amérindiens, tout en déformant la phonétique abénaquise. Ces populations amérindiennes nommaient chaque cours d’eau, rivières et lacs par leur fonction de voyage ou de pêche, à l’exemple de Missisquoi qui signifie en langue abénaquise «cours d’eau qui serpente où se trouve le gibier»ii.

Gardons en mémoire, que bien avant la création officielle du premier canton britannique des Eastern Townships à Dunham en 1792, la géographie de la MRC Brome-Missisquoi représentait des marécages parsemés de relief montagneux (exemple Mont-Brome). Avant 1800, les premiers explorateurs des espaces forestiers, sauvages et dangereux étaient les chasseurs et guerriers Abénaquis des villages Odanak (Saint-François) et Wôlinak (Bécancour). Abénaquis se dit en algonquin Wôbanaki «Peuple du Soleil Levant»), ce peuple utilisait les rivières et les reliefs montagneux comme point de repère géographique laissant en héritage une toponymie ancestrale,comme Yamaska signifiant «marécage avec grenouille/crapaud».

Les anciens noms abénaquis Yamaska et Missiskoui apparaissaient encore sur la cartographie du géomètrearpenteur Joseph Bouchette de 1815. Pour la petite histoire, le nom du comté de Brome vient de l’ancien anglosaxon Broome, une ancienne paroisse médiévale du Comté de Suffolk en Angleterre. Les colons Loyalistes, ces américains d’origine hollandaise restés fidèles à la Couronne britannique durant la Révolution américaine (1776-1783), ont renommé l’espace terrestre abénaquis Yamaska avec des noms anglais comme Shefford, Bedford et Sutton. Le nom Brome-Missisquoi symbolise les deux origines culturelles et géographiques de notre région.

i (AA) est une unité de mesure utilisé pour le carbone 14, signifiant «Avant Aujourd’hui», avec 1950 comme année repère en datation archéologique.
ii PARÉ, Pierre, La toponymie des Abénaquis, Dossiers toponymiques, 20, Ministère des Communications, Québec, 1985 , p.54